Cette bibliothèque n’est pas une liste. C’est une cartographie — celle des lectures, des travaux et des sources sur lesquels je m’appuie pour penser l’architecture d’entreprise, l’intelligence artificielle et leurs implications.
J’y distingue deux natures de références. Les livres d’abord : le socle long, celui qui structure une pensée et qu’on garde sur son étagère. Les sources en ligne ensuite : les recherches, articles et analyses que je mobilise dans mes publications, plus vivants, plus datés, plus proches de l’actualité.
Chaque entrée est commentée. Je dis ce qu’elle apporte, pourquoi elle compte, et comment elle nourrit mon regard. Ces sources ne sont pas des autorités auxquelles je me soumets : ce sont des points d’appui à partir desquels je pense — et parfois contre lesquels je pense.
C’est un document vivant. Il s’enrichit au fil de mes lectures et de mes publications.
📚 Les livres
Architecture d’entreprise & Continuous Architecture
Le socle de ma pratique. Ces ouvrages définissent l’architecture non comme une fonction de production de schémas, mais comme un dialogue vivant entre la stratégie et l’exécution.
Gregor Hohpe — The Software Architect Elevator
O’Reilly Media, 2020 La métaphore fondatrice de ma pratique : l’architecte comme celui qui circule entre les étages de l’organisation — de la salle du CODIR au backlog des équipes — et maintient vivante la traduction entre l’intention stratégique et la réalité des systèmes. C’est le livre qui donne son nom au rôle que je défends : ni technicien en chef, ni consultant hors-sol, mais elevator. Indispensable pour comprendre pourquoi l’architecture est un métier de mouvement, pas de position.
Gregor Hohpe — Enterprise Integration Patterns
Addison-Wesley, 2003 Le classique sur l’intégration des systèmes. Au-delà de sa dimension technique, il pose une vérité qui traverse tout mon travail : la valeur se joue aux interfaces, aux points de jonction entre les composants — et ces points sont toujours les plus fragiles, parce qu’ils reflètent les fractures de l’organisation qui les a produits.
Murat Erder, Pierre Pureur, Eoin Woods — Continuous Architecture in Practice
Addison-Wesley, 2021 La formalisation de l’architecture continue comme pratique : une architecture qui évolue en permanence, se décide par petits incréments réversibles plutôt que par grands plans figés, et reste ancrée dans les exigences de qualité plutôt que dans la technologie du moment. Le cadre méthodologique qui structure ma façon de travailler à l’échelle des grandes organisations.
Intelligence artificielle : comprendre, démystifier, gouverner
Les ouvrages qui nourrissent ma lecture de l’IA — de la démystification technique la plus sobre à l’alerte philosophique la plus spéculative. Les lire ensemble, c’est refuser de choisir un camp : ni l’emballement, ni la panique.
Laurence Poussard — Nous venons du chaos, l’IA de la logique
Amazon Éditions, 2025 — disponible sur Amazon Mon livre. La thèse : l’IA n’est ni le diable ni le messie, mais un levier d’influence massive entre les mains de ceux qui la construisent et en fixent les règles. J’y défends une posture — ni doomer, ni boomer — et une conviction : sortir des discours apocalyptiques et messianiques pour redonner du pouvoir de décision. La matrice intellectuelle de la plupart de mes articles.
Luc Julia — L’intelligence artificielle n’existe pas
First, 2019 (actualisé 2022) Un titre volontairement provocateur pour rappeler que l’IA actuelle n’est ni intelligente ni autonome, mais simplement statistique. Un livre qui vulgarise bien les technologies tout en calmant les peurs. Julia, co-créateur de Siri, parle de l’intérieur — ce qui donne à sa démystification un poids particulier.
Luc Julia — IA génératives, pas créatives : L’intelligence artificielle n’existe (toujours) pas
Le Cherche Midi, 2025 Dans ce second opus, Julia poursuit son travail de démystification : il rappelle que les IA génératives imitent plus qu’elles ne créent, et que l’humain reste au centre du processus. Sur le diagnostic, nous sommes d’accord — l’enthousiasme lucide vaut mieux que la fascination.
Melanie Mitchell — Artificial Intelligence: A Guide for Thinking Humans
Farrar, Straus and Giroux, 2019 Un très bon guide de lecture critique de l’IA : clair, accessible, équilibré. Mitchell, chercheuse en sciences cognitives, réussit ce que peu réussissent — expliquer ce que l’IA fait vraiment sans céder ni au catastrophisme ni à l’émerveillement. Une boussole pour le lecteur qui veut comprendre avant de juger.
Brian Christian — The Alignment Problem
W. W. Norton & Company, 2020 Plongée dans les questions techniques d’éthique embarquée : comment aligner les IA sur nos valeurs humaines ? Christian relie l’histoire technique du machine learning aux dilemmes moraux qu’elle soulève. Un livre qui montre que la question « quelles valeurs encoder, et comment » n’est pas philosophique au sens abstrait — elle est déjà, techniquement, à l’œuvre.
Arvind Narayanan & Sayash Kapoor — AI Snake Oil
Princeton University Press, 2024 (édition mise à jour 2025) Un réquisitoire contre les fausses promesses et les discours marketing autour de l’IA. Deux chercheurs de Princeton distinguent ce que l’IA peut vraiment faire de ce qu’on prétend qu’elle fait — en particulier sur l’IA « prédictive », dont ils démontent méthodiquement les impostures. Un antidote rigoureux au hype, exactement dans l’esprit de ce que je défends.
Nick Bostrom — Superintelligence
Oxford University Press, 2014 Le grand classique de l’AGI et des risques existentiels. Vision longue, spéculative, souvent citée. Un texte dense, exigeant — plus philosophique que scientifique — qui pose des questions profondes sur les risques de l’IA ultra-avancée : alignement, explosion d’intelligence, gouvernance mondiale. Ce n’est ni un manuel opérationnel ni un livre technique. C’est une alerte raisonnée, une invitation à réfléchir aux scénarios les plus extrêmes pour mieux se prémunir aujourd’hui. Je le cite en gardant ma distance : penser le pire n’oblige pas à y croire.
Karen Hao — Empire of AI
Penguin Press, 2025 Une immersion dans les coulisses de la Silicon Valley : OpenAI, les luttes de pouvoir, les egos d’ingénieurs, et la logique impériale qui sous-tend la course à l’IA. Hao, journaliste d’investigation, documente ce que les manifestes de vision escamotent : les rapports de force réels, les arbitrages humains, les intérêts. Un contrepoint précieux aux récits que les labs racontent sur eux-mêmes.
🔗 Les sources en ligne
Les recherches, articles, études et analyses que je mobilise dans mes publications. Plus proches de l’actualité, ils datent — et c’est leur fonction : documenter un moment précis du débat.
Recherche & sciences cognitives
Søren Dinesen Østergaard — Sur la « psychose des chatbots »
« Will Generative AI Chatbots Generate Delusions in Individuals Prone to Psychosis? », Schizophrenia Bulletin, 2023, puis « From Guesswork to Emerging Cases », Acta Psychiatrica Scandinavica, 2025. Deux éditoriaux d’un psychiatre danois qui, dès 2023, pressentait que les chatbots pouvaient nourrir les délires chez les personnes prédisposées à la psychose — puis, en 2025, documentait les premiers cas. Ils incarnent le « rez-de-chaussée » de l’IA : la réalité vécue, là où l’intention stratégique rencontre la fragilité humaine. La sycophancie qu’il décrit n’est pas un accident, mais une propriété de conception.
Betsy Sparrow, Jenny Liu, Daniel Wegner — Google Effects on Memory
Science, 2011 — lire l’étude L’étude fondatrice de « l’effet Google » : savoir qu’une information reste accessible réduit notre effort de mémorisation. Un point d’appui scientifique pour penser la souveraineté cognitive — cette capacité, individuelle et collective, à continuer de penser sans assistance, que je considère comme le vrai angle mort de la transformation IA.
Lee et al. — The Impact of Generative AI on Critical Thinking
Microsoft Research & Carnegie Mellon, 2025 Une étude auprès de 319 travailleurs du savoir qui établit une corrélation entre usage intensif de l’IA générative et atrophie cognitive progressive. La formule des chercheurs — l’utilisateur « atrophied and unprepared » quand surviennent les exceptions — résume à elle seule le risque que je documente : non pas que l’IA remplace les collaborateurs, mais qu’elle érode leur capacité à remarquer quand elle se trompe.
IA : gouvernance, souveraineté, débat public
Mustafa Suleyman — Towards Humanist Superintelligence
Microsoft AI, 6 novembre 2025 — lire le manifeste Le manifeste d’une superintelligence « humaniste », centrée sur l’humain, subordonnée, contrôlable. Je le cite non pour l’endosser, mais pour interroger l’écart entre l’intention affichée et la réalité d’exécution — car le même écosystème qui promet une IA au service de l’humain produit les systèmes qui, dans certaines mains fragiles, désorganisent le rapport au réel.
Nirit Weiss-Blatt — AI Panic (newsletter)
aipanic.news Une voix précieuse dans le débat : elle analyse la structure rhétorique du doomerisme et documente la façon dont la peur de l’IA sert des stratégies de capture. Je ne partage pas toutes ses conclusions, mais son travail est un point d’appui essentiel pour comprendre comment le récit catastrophiste se construit et à qui il profite.
Anthropic — Discours de Christopher Olah au Vatican
25 mai 2026 — lire le discours Un document révélateur : le co-fondateur d’un des principaux labs d’IA reconnaît que ces entreprises sont prisonnières de leurs incentives, et appelle à des voix critiques externes. Je le cite parce qu’il fournit, de l’intérieur, la meilleure justification du travail que je fais de l’extérieur.
Décision & méthode stratégique
IHEDN — Institut des Hautes Études de Défense Nationale
ihedn.fr La méthode des « War Rooms » et l’approche de la décision stratégique héritée du monde militaire. Un cadre que je mobilise pour penser la gouvernance de l’IA : avant d’évaluer des stratégies, on définit l’objectif ; avant de choisir, on la met à l’épreuve de scénarios. Et ce mantra, qui s’applique mot pour mot à l’IA : choisir, c’est renoncer ; renoncer, c’est décider ; la mauvaise décision, c’est de ne pas en prendre.
Melvin Conway — How Do Committees Invent?
Datamation, 1968 — texte original La loi de Conway : toute organisation qui conçoit un système produit un design dont la structure reflète celle de sa propre communication interne. Un texte de 1968 dont je mesure la pertinence chaque jour — il explique mieux que n’importe quel benchmark pourquoi les SI silotés sont le miroir des organisations silotées, et pourquoi l’IA, en traversant les interfaces, révèle brutalement ces fractures.
Souveraineté & géopolitique numérique
ActuIA — Anthropic à 965 Md$ : aucun fonds public européen au tour
Mai 2026 — lire l’analyse Un titre qui est en soi une démonstration. Il condense la carte de dépendance que je décris dans mes articles : un continent capable d’agréger des dizaines de milliards autour d’une conférence, mais absent des tours de table qui consacrent les acteurs privés dominants de l’IA. La souveraineté ne se déclare pas — elle s’investit, ou elle se perd.
Polytechnique Insights — Gigafactories d’IA européennes : le vrai, le faux et l’incertain
Mars 2026 — lire la tribune Une analyse mesurée des ambitions européennes en matière d’infrastructures d’IA, qui distingue les annonces des réalités. Utile pour éviter à la fois le triomphalisme et le défaitisme sur la question de la souveraineté de calcul européenne.
Si vous voulez discuter d’une de ces références, m’en signaler une qui manque, ou me proposer une lecture, écrivez-moi : laurence.poussard63@gmail.com.
Dernière mise à jour : juillet 2026.